Micromégas

Cartographier la pollution microplastique en Arctique

Le projet en bref

Le programme Micromégas* en partenariat avec l’association Oceaneye a pour objectif de mesurer les concentrations de pollution plastique dans une région du monde éloignée des grands centres urbains mais qui n’en est pas moins affectée par ce fléau mondial.

Tout au long du tour de l’Arctique, il consiste à effectuer des prélèvements réguliers d’eau de surface pour évaluer la teneur en particules microplastiques (d’une taille de 0,3 à 5 mm) ainsi qu’en méso plastique (supérieur à 5 mm).

Les échantillons prélevés sont transmis pour analyse et exploitation des résultats à Oceaneye qui a pour objectif de cartographier la pollution plastique dans différentes régions du monde.

* nom inspiré du conte de Voltaire et renvoyant à l’idée de «micro-déchets» porteurs de «méga enjeux».

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Une pollution encore mal connue

Des millions de tonnes de déchets plastiques sont déversés chaque année dans les océans. Ces déchets se fragmentent en petites particules dont les dimensions vont du millimètre au micromètre. Ces particules qui s’accumulent dans les écosystèmes marins ont de possibles conséquences défavorables sur la vie biologique y compris sur la santé humaine au travers de leur accumulation dans la chaîne alimentaire. Comprendre le comportement des microplastiques dans l’environnement sur le long-terme et les risques sanitaires associés restent aujourd’hui un défi pour la communauté scientifique mondiale.

Le problème

Environ 10 millions de tonnes de plastique se déversent chaque année dans les océans. Et 200 millions de tonnes de ces mêmes plastiques sont déjà présents dans les océans.

La pollution des eaux de surface par les microplastiques ne représente que l’un des aspects d’un phénomène beaucoup plus vaste – la pollution plastique des océans – affectant l’ensemble des mers du globe. La communauté scientifique commence tout juste à cerner l’ampleur de cette problématique et les enjeux associés pour maintenir le bon état écologique des écosystèmes marins.

Pour envisager des solutions à cette catastrophe écologique multiforme, encore faut-il disposer de données fiables, quantitatives et qualitatives.

Agir à la source? Oui mais quelle source? Limiter les pertes le long des fleuves, dans les villes ? Changer nos mentalités et nos modes de consommation ?

Une chose est sûre: la production mondiale de plastique ne donne aucun signe de faiblesse. À ce jour, les humains ont généré plus de 8 milliards de tonnes de matières plastiques.

Justification

La pollution plastique la plus visible, sous forme de macro-déchets, est celle qui affecte les côtes. Celle des eaux de surface par les micro-déchets commence à faire l’objet de nombreuses campagnes d’études de terrain du type de celle qu’ont mené conjointement la Fondation Pacifique et l’association Oceaneye tout autour du monde de 2015 à 2019 dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition.

Mais les données de terrains demeurent lacunaires et très disparates d’un océan à l’autre, et quasi inexistantes en Arctique. On en sait encore moins sur la pollution des fonds océaniques où se concentreraient pourtant 60% des plastiques, sous forme notamment de micro-particules issues de la fragmentation progressive des macro-déchets ou produites originellement sous cette forme comme c’est le cas des microbilles de plastique largement utilisées par l’industrie des cosmétiques.

De même, on sait encore peu de choses sur le comportement du plastique et sur la manière dont certaines particules agrègeraient des éléments chimiques présents dans les océans. Avec quelles conséquences sur la chaîne alimentaire ?

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Microplastiques, c’est quoi?

Les microplastiques sont tous types de fragments plastiques d’un taille inférieure à 5mm. Ces particules peuvent être le résultat d’un processus de dégradation naturelle d’un débris plastique plus grand (une bouteille boisson par exemple) ou produites intentionnellement sous cette forme. C’est le cas des microfibres qu’on trouve dans les vêtements modernes ou des microbilles largement utilisées dans l’industrie de la cosmétique et de l’hygiène.

Buts et objectifs scientifiques

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Selon un protocole tenant compte entre autres de l’état de la mer, de la vitesse du vent et du bateau, l’équipage de Mauritius utilise un filet muni à son extrémité d’une « chaussette » dont le contenu, une fois l’équipement remonté à bord, est rincé, conditionné puis stocké avant d’être régulièrement envoyé en Suisse pour analyse.

Les experts d’Oceaneye séparent les éléments organiques des particules plastiques puis trient celles-ci en fonction de leur taille et de leur typologie: fragments, films fins, fils, mousses et pellets. Les analyses permettent de déterminer les concentrations de microplastiques selon les zones géographiques.

Au moyen d’un spectrogramme, ils peuvent en outre déterminer la composition chimique de chaque élément et faire des hypothèses sur son origine.

Plusieurs centaines de prélèvements d’eau de surface doivent ainsi être collectés tout au long du tour de l’océan Arctique. Ils constitueront une trace inédite au fur et à mesure qu’ils livreront leurs résultats.

Quel impact sur notre santé?

Le plastique, chimiquement très stable, pourrait se fragmenter jusqu’à une taille suffisamment petite pour entrer dans les cellules du système sanguin. Même si les conséquences de cette pollution sur la santé humaine sont encore peu connues, on sait que l’exposition à la pollution plastique et son accumulation dans l’organisme pourraient produire des effets négatifs à long terme.

Bénéficiaires

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Le programme Micromégas est destiné à fournir des informations à l’attention de la communauté scientifique dans son ensemble et à ses experts qui travaillent à la modélisation des dynamiques de répartition et distribution des pollutions plastique.

Les résultats de cette nouvelle campagne en Arctique seront notamment transmis au Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) afin d’être librement accessibles par la communauté scientifique.

Plusieurs chercheurs partenaires d’Oceaneye ont ainsi bénéficié des données produites dans le cadre du tour du monde mené par la Fondation Pacifique.

Responsable du projet

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Pascal Hagmann, directeur Oceaneye
www.oceaneye.ch

L’association genevoise Oceaneye est partenaire des expéditions de la Fondation Pacifique depuis 2015. Elle a mis en œuvre son programme de cartographie des pollutions plastiques à bord du voilier Fleur de Passion dans le cadre du tour du monde de quatre ans dans le sillage de Magellan. Elle a ensuite étendu ce même programme sur le Mauritius dès ses premières navigations en 2016.

Oceaneye a pour vocation de lutter contre la pollution des mers par les déchets plastiques en contribuant à la recherche scientifique et la sensibilisation du public. Son action se focalise principalement sur l’évaluation de la pollution plastique de surface. Oceaneye collabore notamment avec un réseau de voiliers bénévoles pour obtenir des échantillons de diverses régions du monde.